Culture, patrimoine, histoire, sont les maîtres-mots pour définir les actions de l'association Chaumont-sur-Loire au fil du temps, dans ce lieu patrimonial classé par l'UNESCO.
C'est Alain Gauthier qui parle:
« Je suis un ancien « cadastreux », un géomètre du cadastre devenu inspecteur du cadastre. Les cartes m’ont depuis tout petit intéressé. »
Alain commence par nous donner la définition d’une carte, d’un plan.
« Pour nous, maintenant la carte désigne des représentations terrestres qui sont dans des échelles supérieures au 1/5000ème. On commence au 1/500ème comme Paris et les grandes villes.
A partir du 1/10 000ème, on tombe sur l’appellation de carte.
Pour ce qui concerne la représentation du monde et la représentation terrestre, on a commencé très tôt. Aux alentours de 10 000 av J-C, on a commencé à réaliser des cadastres. Pour que la société puisse vivre, s’organiser, avoir un minimum de services publics, il faut avoir de l’argent. La première façon de s’organiser sur le plan d’une communauté, ça a été de retirer de l’argent de quelque chose. On a pensé tout de suite, à la propriété du sol ou à l’usage du sol. Les premiers cadastres assyriens sont une représentation du sol pour assoir l’impôt. Entendons-nous bien, le cadastre ce n’est pas un plan. Contrairement à ce que l’on croit, le cadastre, c’est un livre où l’on décrit la propriété ou l’usage. Le plan vient en annexe pour décrire de manière plus visuelle le territoire donné.
On a des plans très anciens.
Des cartes, on en a moins trouvé. La plus ancienne est un petit morceau de tablette d’argile qui remonte à 2900 av J-C, au Moyen Orient, qui représente une rivière avec des montagnes.
En qui nous concerne, pour notre Chaumont, nous ne connaissons pas de représentation antérieure à 1500 environ. Les cartes anciennes que l’on trouve pour notre territoire, notre région, les cartes fines remontent à cette époque.
Avant cette période, on a des plans partiels.
A part la carte de Peutinger si on veut remonter aux Romains mais elle n’a pas les mêmes similitudes que ce dont on va parler car elle ne représente pas des territoires mais des circuits, des circulations, des itinéraires. Il y a des villes, des distances, des points d’arrêt mais pas la représentation de la géographie.
La première représentation en bordure de la zone de Chaumont, c’est 1592 où on commence à représenter la Touraine, le duché de Touraine. Vous savez que le duché de Touraine s’arrête entre Chaumont et Rilly ; Rilly étant en Touraine et Chaumont en Blaisois.
Une autre carte, de 1626. Chaumont est présent dessus.
C’est une des premières représentations de Chaumont.
Car dans l’histoire, on connait Chaumont depuis longtemps…
Grâce à Jean Baptiste Bourguignon d’Anville (1697-1782) qui a collecté plus de 10 500 cartes, on connait bien le monde. Cartographe du roi en 1720. C’est grâce à lui qu’on a une représentation du monde extraordinaire. Il y a une carte des environs de Chaumont de 1750, faite par lui-même. Vous trouverez les cartes anciennes de Danville sur internet. Elles sont à la Bibliothèque Nationale. C’était un important scientifique car il a fait des propositions de mesures de la terre qui ont été réalisées un peu plus tard.
Vous avez les environs de Chaumont avec l’étang de Sudais, la forêt, la petite vallée qui passe par la Pieuse, Rilly et ses vallées, Candé, Onzain.
Il n’y a pas de classement pour ces cartes, pas de répertoire, il faut les chercher en tâtonnant sur le net. On peut acheter la numérisation, les télécharger…
Si on agrandit, on retrouve les lieux-dits, des noms connus : St Martin, Queneau, Bury, l’Herpinière…. La Grignolière qui ne semble plus exister. Il y a un codage de symboles, triangle (vrais lieux-dits, fief), rond (lieux habités, fortification réduite comme une maison), rectangle (lieux très importants). Il y a d’autres symboles comme une crosse de prieur pour signifier le prieuré comme à St Martin ; ou avec une croix, l’église ; ou un château…
A chaque fois, cela me touche de voir ces choses-là. D’abord ce sont des anciens qui ont fait ce travail, cette représentation et c’est souvent assez juste avec les moyens de l’époque.
On est en 1750, c’est le tout début des lunettes. On utilise plutôt des alidades à pinnules. Vous avez une fente d’un côté et un crin de cheval à l’autre bout. C’est avec cela qu’on mesure les angles sur un cercle gradué à la main.
Pour mesurer, on a des perches, la perche à bouts ferrés, à chaque bout, l’un horizontal, l’autre vertical. Perche de 6 à 7 mètres. Pour aller plus loin dans les longueurs.
On utilisait aussi beaucoup le relèvement. Alain explique le procédé « à la planchette »
Monique K. a fait une partie des relevés sur Chaumont en tant que stagiaire, à la planchette.
Pendant la guerre de 14, les relevés sont faits à la planchette, pour l’essentiel. Procédé facile.
Pour représenter une carte, un plan, il faut se mettre dans un système de projection. La terre étant ronde, il faut qu’on projette tous les points sur une surface plane. Quand on est sur un petit plan, une maison, la différence n’est pas notable. Quand on est sur un plus vaste territoire comme Chaumont, il faut un système de projection.
Danville parle de ces systèmes de projection. Il y en a plusieurs sortes comme le Mercator qui est une projection de la sphère terrestre sur un tuyau. On englobe le globe dans une feuille plane et on projette tous les points…
Pour notre représentation actuelle, sur la France, on utilise la projection Lambert avec 3 plans. Avec une feuille de papier plane, Alain nous raconte alors la technique, difficile à retranscrire. Des calculs d’angles, de mesures, vieux souvenirs de trigonométrie…
On revient à Danville qui a fait une proposition de mesure de la terre à l’aide de chaines de triangles… pour calculer l’ensemble de la circonférence.
Avant cette période, les levées ne sont pas terminées. La Loire divague…Ce sont des turcies qui protègent du flot de la Loire mais pas de la hauteur de la Loire, seulement des dégâts.
Vers 1684, les levées sont en rouge sur la carte…vers la fin de leur édification.
Pas de pont à Chaumont.
Un seulement à Blois…
Pas de levées entre Candé et Amboise. Le coteau fait la limite d’extension du fleuve.
Les mesures anciennes sont différentes suivant les régions. On entend les mots perche, pied, pouce, ligne, lieue… Leur valeur chiffrée dépend du lieu où on se trouve…
La Révolution unifiera les mesures par le système métrique.
Les Cassini sont une famille de géographes de 1720 à 1800. Ils font la cartographie systématique du territoire français. Pour notre secteur, elle est établie de 1745 à 1770. Elle n’est pas toujours précise par exemple sur la position de lieux-dits mais elle les répertorie.
On peut retrouver ces cartes par « Géoportail ». Faire le choix de ce que vous voulez comme représentations : parcelles cadastrales, IGN, comme aussi les photos aériennes… Vers 1947 la nouvelle triangulation de la France a été faite grâce aux photos aériennes.
Alain nous montre des représentations d’autres cartes où Chaumont apparait : l’Atlas de Trudaine (1745) plus axé sur les routes, la circulation. Le plan cadastral napoléonien, plan d’assemblage et les différentes sections (1809). Il est aux Archives Départementales. La carte d’Etat-Major, la Révolution avait prévu en 1794 une triangulation par les clochers et cela a été réalisé plus tard (1835-1850). Il y a aussi aux AD 41 un plan au 1/2000ème pour la construction du pont suspendu, le premier pont de Chaumont. Il y a toutes les cartes IGN : 1/50000ème, 1/25000ème, 1/80000ème.
En 14/18, on a retrouvé dans les poches d’un aérostier, une carte sur tissu, facile à manipuler…
Des adhérents qui s'installent avant la communication d'Alain Gauthier, en grande discution avec le président, Franck Hanot.
Photos C Loriot