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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 16:45

 

« Le Père Daniel Brottier, un aumônier militaire d'exception dans la guerre de 1914-1918 »

Conférence de Pascale Desurmont  d’après des écrits de Bernard Chassine, le samedi 12 décembre 2015 en l’église de Chaumont-sur-Loire.

 

La guerre de 1914-1918 a fait près de 1 350 000 tués militaires, sans compter les morts civils, sur le sol français et a laissé 1 000 000 d’orphelins. Le diocèse de Blois a payé un lourd tribut : bon nombre d’ecclésiastiques ont fait le don de leur vie.

Un homme toujours sur la brèche, sur les lignes de combat, qui va chercher les blessés, qui s’en sort avec seulement des trous à sa soutane, sans blessure pendant ses 4 ans de guerre, chanceux !

C’est l’histoire du père Daniel BROTTIER…

Père Daniel BROTTIER

Père Daniel BROTTIER

Le père Daniel Brottier est né à la Ferté St Cyr dans le Loir et Cher en 1876, d’un père cocher du châtelain local. Il y passe son enfance et une partie de son adolescence. Une typhoïde mal soignée ébranlera sa santé. Il entre ensuite au petit séminaire de Blois. En 1896, il fait son service militaire. En 1899, il est ordonné prêtre et part à Pontlevoy comme préfet de discipline et professeur. « Il savait se faire aimer et obéir en même temps. Les élèves l’estimaient et le respectaient ».

En 1903, il s’embarque pour St Louis du Sénégal. Il y trouve un bon climat entre catholiques et musulmans. La mauvaise nourriture, les fièvres, le paludisme altèrent sa santé déjà fragile. Il est rapatrié en France en 1907. Il se consacre à trouver des fonds pour construire la cathédrale de Dakar qu’il ne verra pas achevée.

Le 2 août 1914, à la déclaration de guerre, alors qu’il a été réformé en 1901, de santé fragile, il décide de s’engager dans le corps des aumôniers militaires du front, il a 38 ans, et part avec son unité du 121ème, le 26 août 1914.

 Ainsi commence une histoire bien singulière…

 

L’année 1914

Il est de toutes les opérations de sa division. Les soldats disent de lui : l’aumônier est « leur étendard vivant, au feu de la bataille. En première ligne, il secourt les blessés, les porte sur son dos ou les traîne au poste de secours. »

Il confesse les soldats, hommes de troupe et officiers. Il écrit aux femmes concernant les blessures ou la mort d’un mari, d’un frère…

Il participe à la bataille de la Marne puis aux combats de la Somme. Toujours en première ligne ! Toujours pas blessé, pas gazé ; juste des lambeaux de sa soutane abandonnés aux barbelés !

« …Cet homme appartient à tous et partout où la mort nous frôlait, il était là. Ceux qui ne croyaient pas étaient tout près de croire. » Ou encore « Il mangeait avec nous à la popote, mais presque jamais il n’était à l’heure. Il se contentait de ce qui restait » disent ses compagnons de misère.

 

L’année 1915

Le père Brottier avec sa longue barbe qu’il refuse de couper, ne porte pas de masque à gaz ; il n’aura rien aux poumons. « Je suis toujours au complet ; je souffre de maux de tête ».  Son assurance dans la victoire donne de la confiance aux Poilus et aux officiers.

Sur le front, il apprend la mort de son père et souffre de cette disparition.

Il va mettre en place, lors des temps de repos, un réseau de photographies. Il prend les soldats en photo pour les envoyer aux familles, pour témoigner de ce qu’il voit ! Photos des hommes mais aussi des situations dans la tranchée, des conditions de vie dans la boue…

 

Le père Daniel Brottier photographe pour les poilus et leurs familles.

Le père Daniel Brottier photographe pour les poilus et leurs familles.

Il écrit avec sa plume et sa bougie…  Pendant le conflit, plus de 3 milliards de lettres seront échangées. Ce lien entre le front et les familles était primordial !

La guerre dure, il fait froid et humide; sa santé est fragile… Mais il est surtout frappé par la grande misère des blessés : après les soins, ils n’ont plus de sous-vêtements. Ils sont en loques …

Le conflit devient catastrophe aux Dardanelles. En Champagne, on compte 4 morts au m2 ! Les lance-flammes se rajoutent aux gaz … C’est la bataille de la Somme. Vimy. Notre Dame de Lorette. Souchez.

Le père Brottier reçoit ceux qui partent au front et ne pensent pas revenir. Le soldat Coquibus donne son alliance et sa montre au père Brottier pour les donner à sa veuve. Cet homme est le grand-père de notre conférencière… Mort à Souchez au champ d’honneur…

 

L’année 1916

Verdun. Vaux. Douaumont. Ces noms évoquent de hauts lieux de gloire pour nos armées. Villages perdus et reconquis 16 fois ! Pétain répète : « Tenir coûte que coûte. On les aura ». Ils tiennent sous un déluge de feu. Des travaux de terrassement s’ajoutent à la mitraille. La fatigue endurée est bien au-delà de la résistance humaine. Tous notent « l’abnégation et le rayonnement du père Brottier ».

Une anecdote, le 22 mars 1916 son bataillon doit attaquer à 5 h du matin ; les capitaines sont accablés car ils vont tous à une mort certaine. Le père Brottier va voir l’officier supérieur pour empêcher la mort inutile des hommes. Celui-ci le prend de haut. L’aumônier lui dit : « on obéira mais partez le premier, je vous accompagne. » Il constate que le père Brottier disait vrai et l’attaque sera ajournée.

Le père Brottier participa aussi à l’offensive dans la Somme. Offensive anglaise très meurtrière.  Il ne veut pas abandonner les hommes du rang. Il dit : « Avant les blessés, avant les morts, sans les négliger évidemment, c’est aux bien-portants qu’il faut s’adresser : à ces hommes qui seront peut-être tués demain, il faut avant tout redonner une âme plus chrétienne ; il faut leur montrer que le prêtre marche avec eux, vit leur pauvre vie de misère et de danger et quand il le faut, meurt avec eux. »

Même attitude ; même dévouement. « Il passait ses nuits à inhumer les morts ».

 

L’année 1917

Hiver glacial ! 2ème bataille de la Somme. La ville de Noyon est démolie, la population dans un grand dénuement. En août, il retourne à Verdun. Un colonel raconte quand quelqu’un lui demandait : « Et vous, vous n’avez pas peur de la mort ? » Le père Brottier répondait : « Ne croyez pas cela, j’ai la trouille autant que vous ! »

Père Daniel BROTTIER parmi les soldats.

Père Daniel BROTTIER parmi les soldats.

 

Il partait dans le no man’s land chercher des blessés avec le drapeau blanc. Pas de tir. Respect des hommes et de l’ennemi !

Le mois de septembre est torride. La soif est une souffrance supplémentaire pour les Poilus. Le père Brottier comprend que la soif les fait plus souffrir que la faim ou les obus. Qui prendra le risque de la corvée d’eau sous la mitraille ? Le père Brottier ! Il attache 20 bidons à sa cheville et en rampant fait 4 km en aller-retour en 6 heures. Force et ingéniosité ! Pas un bidon n’est crevé par une balle !! L’aumônier devient une légende.

Il continue à écrire aux familles endeuillées, stimule leur courage.

 

L’année 1918

En février, il retourne à Verdun. Ruines, dévastation, forêts rasées. De nombreux villages ont disparu. En mai, les Allemands s’approchent de Paris. Le 121ème est jeté dans la fournaise à Troesnes. Le village est encerclé. Il y a de nombreux tués mais malgré les gaz, les bombes, les soldats ont tenu.

C’est en juin que le père Brottier reçoit pour la 6ème fois une citation à l’ordre de l’armée !

« Ame magnifique où s’allient harmonieusement l’ardeur du soldat et le dévouement du prêtre ».

Clemenceau galvanise les énergies, Foch est nommé généralissime et les Américains débarquent en nombre sur le continent. Les Allemands sont épuisés par 4 ans de guerre mais résistent et reviennent du front de l’est. Initiatives des Alliés, contre-attaques,  et les Allemands vont finir par fléchir.

La grippe espagnole fait des ravages. Elle fera 10 millions de morts dans le monde.

Le 3 novembre, le 121ème quitte Verdun pour Nancy pour la grande attaque en Lorraine. Mais le 11 novembre, c’est l’armistice. Le père Brottier fait chanter un « Te Deum » d’action de grâce à ses poilus qui le chantent avec ferveur.

Le 19, c’est l’entrée triomphale dans Metz. « Journée inoubliable ! Nous sommes acclamés, couverts de fleurs par une population qui pouvait enfin donner libre cours à des sentiments contenus depuis 48 ans. »

Le père Brottier a une permission très courte et confie à sa famille : «  Maintenant, vous pouvez tous mourir, le plus tard possible, bien entendu. Je vous fermerai les yeux, je vous habillerai, je vous déposerai dans vote cercueil, sans crainte et sans embarras. J’en ai tant enseveli, de pauvres petits soldats durant ses 4 années terribles ! Ah ! Ce fut un rude apprentissage. Mais maintenant c’est fini et je suis aguerri pour toujours ! »

Le père Brottier part en Allemagne où il va s’occuper du rapatriement des prisonniers. Il sera démobilisé le 19 mai 1919.

 

A son retour, il médite, réfléchit, prie en silence…

 

Il a rencontré plusieurs fois Clemenceau, président du conseil. Pourtant anti clérical, il est tolérant avec le Père. Celui-ci lui remet la Croix de guerre. Il est déjà officier de la Légion d’honneur.

Ensemble, ils créent l’Union Nationale des Combattants. Avec une médaille. Pour que les Poilus gardent l’esprit du front : « Unis comme au front. »

 

Après la guerre, en confiant sa croix d’aumônier à son frère et sa belle-sœur, le père Brottier dira : « …Gardez-la précieusement ; car elle a été mon témoin muet pendant toute la guerre. Sur cette croix, combien de lèvres de mourants se sont collées ! Elle a reçu le dernier soupir de tant de petits soldats ! Elle a maintes fois touché leurs pauvres poitrines, trouées, labourées, déchiquetées, et je puis dire que si le cordon de cette croix pouvait exprimer tout le sang dont il a été imbibé, l’eau dans laquelle on le tremperait en deviendrait rouge… »

 

Le père Brottier quitte ses fonctions au sein de l’UNC, en 1922. Il se consacre à la collecte de fonds pour le « Souvenir africain » et en 1923, on lui confie la direction des Orphelins et Apprentis d’Auteuil. Il doit remonter l’œuvre créée par l’abbé Roussel.

 

 

Le père BROTTIER parmi les orphelins et apprentis d'Auteuil.

Le père BROTTIER parmi les orphelins et apprentis d'Auteuil.

Le père Brottier décède le 28 février 1936.

Il a été béatifié le 25 novembre 1984, en attendant peut-être d’être canonisé, ce qui ne manquerait pas d’humour pour un ancien aumônier militaire !

 

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